Acteurs·Cinéma

Le dernier métro – François Truffaut

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Deux fois que je parle de François Truffaut à travers des films récent. Il était temps que j’en vienne à écrire sur lui. Ça ne sera pas le seul article sur lui. Mais je commence par un des derniers films « Le dernier métro ». Chef d’œuvre de 1980. Deuxième plus gros succès de la carrière du réalisateur après « Les 400 coups ». Six César. Seuls Heinz Bennent pour le rôle de Lucas Steiner et Andréa Ferréol  pour leurs second rôles tellement riche n’auront pas leurs César. Oui, je trouve ça injuste. Mais j’y reviens.

Truffaut considérait le film comme étant extrêmement personnel. Il y parle de la guerre, qu’il a vécu adolescent dans Paris. Il y parle intensément du théâtre où il a trouvé quelques une de ses actrices les plus emblématique. Marie France Pisier, Claude Jade. Mais on parle, bien sur, de l’homme qui a sortit Isabelle Adjani de la Comédie Française. Avant qu’il la convainque (il a insisté très lourdement) de faire du cinéma les acteurs du Français n’avait pas le droit d’en faire. La règle à été changé très rapidement après cette perte. Et puis. Et puis il parle du judaïsme confronté à la guerre. Il faut savoir que Roland Truffaut, son père, n’est pas son père biologique. Il ne l’a jamais connu. Mais il l’avait retrouvé, grâce à un détective privé. Il l’a vu de loin, mais n’a pu se résoudre à l’aborder. Et son père biologique était juif.

Les deux acteurs phare, les plus présent à l’écran. Catherine Deneuve, majestueuse, qui retrouvait son ex compagnon et réalisateur de « La sirène du Mississipi » et Gérard Depardieu, que Truffaut avait eu un mal fou à avoir. L’acteur était réticent. Je ne comprends pas comment il avait pu garder cette image mais il ne voyait de lui que le côté voyou et violent des années de critiques aux Cahiers du cinéma. Carrière de critique qui c’était tout de même finie en 1955. Incompréhensible. Mais bien sur Depardieu à changé totalement d’opinion en tournant le film. Et il enchainera sur « La femme d’à côté ». Mais quand je parle du « Dernier métro ». Généralement, les gens s’exclament « Ah Depardieu ! Deneuve ! ».

Pas d’accord. Oui ils sont très, très bon. Mais si je ne devais garder qu’un acteur, qu’un personnage ça serait le Lucas Steiner de Heinz Bennent. Lucas est LE personnage du film. On le vois assez tard dans le film. L’intrigue est déjà bien installée. Les répétitions, les difficultés du théâtre. Marion Steiner qui dirige le théâtre en plus de mener une carrière d’actrice. La voix off qui plante le contexte au début parle de Lucas. De son départ. Par conséquent, on ne se doute absolument pas que pendant toute la première partie du film, il est dans la cave du théâtre. Et qu’il attend Marion à longueur de journée. La scène où elle revient le soir au théâtre pendant que Bernard (Depardieu) et son camarade résistant sont dans le café qui est en face. Elle rentre, allume la lampe tempête, descend à la cave. Et il est là. « La propagandastaffel à interdit la pièce ? » Sa première réplique. J’ai mis un moment à comprendre ce qu’il avait dit. Son accent, la vitesse à laquelle il parle. La surprise de le voir là. La soirée du couple dans leur théâtre. « Attends je veux respirer l’odeur de la scène » dit il. Dans la loge de Marion, elle lui montre une photo de Bernard. Ce dialogue. J’y reviens. Mais d’abord les répliques. Je vous fait même les didascalies.

(il regarde la photo) – Parfait, il est parfait. Et puis avec lui, on a pas de soucis à se faire, il a une bonne tête de goy.

– Dis donc toi ! Qu’est ce que tu as contre les goys ? (ils s’allongent sur la méridienne de la loge)

– Rien contre, surtout avec des petites jupes et des cheveux long…

– Raciste, sale raciste ! Ma mère m’avait bien dit que je serais jamais heureuse avec un juif. » Noir.

Pour rendre les scènes et en particulier les répliques de Lucas plus crédible, Truffaut a travaillé avec Jean Claude Grumberg. Et ça se sent. Je n’ai pas été surprise quand je l’ai appris. Alors que Marion lui coupe les cheveux alors qu’ils envisagent sérieusement qu’il passe en zone (encore) libre, il prend un faux nez juif. Se le met. Elle lui dit de retirer « ça, c’est horrible ». « J’essaye de me sentir juif. C’est très délicat les rôles de juif, si tu en fais juste un peu on dit, il exagère. Si tu en fait beaucoup, on dit, il a pas l’air juif. Qu’est ce que ça veux dire avoir l’air juif ? ».

La scène où elle lui apprend, que non, il ne peux plus partir. La zone libre n’existe plus. Et non, il ne prendra pas le risque de traverser la France entière. Il veux aller au commissariat se « mettre en règle ». Elle l’assomme pour l’empêcher de sortir de la cave. Et lui donne « du bon cognac du marché noir » quand il revient à lui. Et là une autre routine s’installe.  Lucas reprend possession de son théâtre. Il crée un système pour écouter se qui se passe sur scène à travers la canalisation d’une ancienne chaudière. Une des plus belles scènes du couple. Marion arrive dans la cave. Elle ne le trouve pas, l’appelle. Il lui répond au loin, en sourdine. Lui dit de s’approcher de la radio, la lui indique, lui dit de monter le son et de le rejoindre sur scène. Une fois là, il lui montre ce qu’il a imaginé. A travers l’ancienne plaque de chauffage il entendra depuis la cave tout ce qui passe sur scène. Elle trouve tout ça très dangereux. Il n’est pas d’accord. Ainsi il pourra écouter les répétitions et diriger la pièce par le biais de Marion. Une chanson passe à la radio, il l’enlace, ils dansent et il fini seul par quelques pas de tango.

Je ne vais pas en dire plus. Si vous n’avez jamais vu le film, j’en ai déjà beaucoup dit (mais il y a prescription en matière de spoil, non ? 1980 tout de même).

Si j’ai réussi à vous convaincre du point auquel Lucas est un personnage merveilleux allez y. Il le mérite. Si vous connaissez le film et que vous êtes passé à côté de « Princesse Marie », vous y retrouverez le merveilleux duo Deneuve (Marie Bonaparte)/Bennent (Sigmund Freud). Et l’histoire du sauvetage de Freud du régime nazi par Marie Bonaparte. La boucle était bouclée. Si vous avez vu les deux, regardez une nouvelle fois « Le dernier métro » ? Moi, j’y retourne des aujourd’hui.

2 commentaires sur “Le dernier métro – François Truffaut

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