Expo·Peintre

Le fond et la forme

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Il y a des expos qui ont un truc en plus. Je ne parle pas des expos évènements qui ponctuent régulièrement les calendriers parisiens, expos que je peux aller visiter pour une raison précise, j’aime l’artiste, parfois même je l’admire. Velazquez l’année dernière au Grand Palais. Perfection. Le Maitre espagnol fait partis de mes trois peintres préférés. Avec Delacroix et Andy Warhol. Mais je n’ai retenu de l’expo que les œuvres de celui qui m’éblouis tant par son talent. Le format était très classique. Aéré, les tableaux avaient toute la place nécessaire. Mais très classique. Les expos qui me marquent le plus ne se trouvent pas forcément dans les espaces les plus prestigieux, même si ça leurs arrivent. Ce sont celles où le fond autant que la forme sont soignés. Ou la scénographie à été particulièrement travaillée pour être marquante. Ou celles qui se retrouvent dans un lieu… différent.

Deux exemples, à Beaubourg. Paris. Grand musée prestigieux. J’y ai vu tellement de belles, grandes, expos. Et encore, je n’ai pas connu LA grande époque. Celle où mes parents avaient un abonnement à l’année. Celle où chaque saisons étaient l’occasion de plusieurs expos d’une richesse invraisemblable. Je regrette de ne pas avoir connu ça. Mais. Mais j’y ai vu au moins deux expos remarquable.

D’abord Hitchcock. Superficie énorme. L’espace du musée, spécialement pensé pour ça, le permet parfaitement et se prête à la présentation de l’œuvre du roi Alfred. Deux des éléments de l’expo m’ont particulièrement marquée. Dans une partie d’une salle, la structure tubulaire sur laquelle « Les oiseaux » vont se poser. Nous étions en train de la regarder. Nous nous sommes retournées et ils étaient là. Posés sur cette même structure. Sur un écran qui diffusait précisément ce moment. Celui, où, d’un coup ils sont là. Le film a vieillit. Le charme n’y est plus. Mais je peux vous assurer que vivre la même situation en l’espace. Même par écran interposé. C’est. Oui, ça fout la trouille. Plus loin, dans mes souvenirs pour clôturer l’expo. Vous rentrez dans une salle, plongée dans le noir. Toujours frappant. Alignées, dans toute la pièce, immense, à la hauteur de la filmographie du Monsieur. Des vitrines sur socle, chacune éclairée par un spot. Et dans chacune l’arme du crime de chaque films. L’hommage rendue à chacun des films, plongée dans cette salle très intimiste. Le contraste entre la filmographie tellement riche, imposante et le côté secret créé par la lumière.

Et puis, Lucian Freud. Beaubourg toujours. Et un contexte radicalement différent. La plus petite surface d’exposition, tout en haut du musée. Pour un peintre aussi… hors du commun. Pour le petit fils du grand Sigmund. Pour arriver là, bien sur vous prenez les escalators qui longent la façade du musée, vous vous élevez au dessus des toits de Paris, si le ciel est dégagé, vous vous extasiez une fois de plus. Ça me le fait à chaque fois. Vous rentrez dans une première salle. Petite. Des toiles immenses. Un travail de la peinture, sidérant. Un de ces peintres qui considèrent la peinture comme étant une matière, une partie intégrante de leur travail. Pas seulement un moyen, mais aussi un but. Des tableaux avec une double lecture, fascinante. A deux mètres, vous voyez les sujets, très souvent nus. Des corps dans toutes leur démesure. Allez voir sur internet à quoi ça ressemble, si vous ne le connaissez pas encore, il en vaut le coup. Et puis de près. C’est là que son travail devient encore plus intéressant. La matière, la matière vous saute aux yeux. C’est comme… C’est comme voir Jackson Pollock au travail. C’est hypnotique. Alors que j’étais collée à un tableau, à dix centimètre de la toile. Un homme à côté de moi. Tout aussi scotché par ce que l’on voyait. Sa femme viens le prendre par le bras et lui dit que, mais non, un tableau se regarde de plus loin que ça. Elle ne sait pas ce qu’elle rate. Et cette expo fascinante tient en trois pièces. Plutôt petites. La disproportion entre l’envergure de l’œuvre, du travail physique du peintre, et le format de l’espace. Cette impression de quelque chose de confidentiel, là aussi c’est marquant. Bien sur, j’ai fait deux tours, et même peut être trois des salles. J’ai du rester une heure dans … soixante mètres carré.

Un autre musée prestigieux, parisien. Orsay. « Les impressionnistes et la mode ». Sujet aussi vaste que l’expo, magnifiquement bien traités. Je n’ai pas de souvenirs très précis de la scénographie, une impression d’étroitesse parfois, mais c’est une grande expo, c’est blindé de monde, c’est un lieu totalement différent de Beaubourg. L’ancienne gare et sa longueur impose presque ça. Jusqu’à la dernière salle. Celle là on lui a donné de la place. La thématique ? Les tableaux d’extérieur. Les femmes dans les jardins. Les hommes qui les accompagnent. La présentation ? Sur tout le sol un faux gazon. Idée brillante. Disséminés dans ce semblant de jardin reconstitué les tableaux, chacun sur un socle. On se promène littéralement de tableaux en tableaux. J’en profite pour découvrir James Tissot. Je ne comprends pas bien comment j’ai pu passé à côté de lui tout ce temps. Cette salle est une conclusion parfaite. Après plusieurs salles un peu étroite, serrée au milieux des autres visiteurs, une évasion. Une découverte. On est à l’intérieur et c’est comme si on sortaient du musée.

Changement de contexte. Lille, il y a quinze où seize ans. Une église, avec une rotonde, magnifique. Et dedans l’expo complètement folle de Safet Zec. Peintre bosniaque. Les œuvres sont exposées dans toute l’église. Le cadre est superbe, les toiles sont terrible. Il rend hommage à son pays. Au massacre, aux ruines. Des fenêtres en bois, visiblement récupérées sont fixées aux chassis des toiles. Et à travers, les vues des ruines. De la désolation. De ce qui reste après la guerre. Le talent du peintre est à la hauteur de son sujet. On ressort de là avec une impression terrible. Quinze ans plus tard, je n’ai pas de souvenirs très précis des toiles, mais le contexte, la beauté du lieu d’exposition et le contraste avec ce qui est présenté. Dans quelques jours une nouvelle expo consacré à Zec vas ouvrir à Lille, à l’Hospice Comtesse. Allez y. Si vous en avez l’occasion, vraiment, sans l’avoir encore vue, je peux vous assurer que vous n’en ressortirez pas vraiment indemne. Mais ébahis par le talent au combien marquant de cet homme.

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