Expo·Peintre

Safet Zec, quinze ans après

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Il y a des artistes, avec lesquels se tissent un lien très particulier. Quand je vois une expo Willy Ronis j’ai le sentiment de retrouver un vieil ami. Je connais très, très bien son œuvre. Je connais la plupart des photos qui sont généralement exposée. J’admire son humanité, réelle, et sa méthode de travail était une perfection. Quand je vois une expo de Safet Zec j’en retombe amoureuse.

Un vrai coup de foudre qui se répète. La première fois il y a quinze ans dans l’église Sainte Marie Madeleine, déjà à Lille. J’en ai parlé ici. Un choc. La dureté de l’œuvre d’un peintre Bosniaque, d’un exilé. L’hommage à son pays ravagé par la guerre. Sarajevo. Hier je suis retombé amoureuse de son travail. En ayant jamais cessé de l’aimer. De savoir que cet homme est un génie. Le contexte encore. Qui s’efface presque devant la force des œuvres. La salle des malades de L’Hospice Comtesse de Lille. Normalement, elle en impose. Énormément. Son plafond en bois en forme de cale de bateau. Normalement, tu y rentre et tu lève les yeux. Ça ne m’est pas arrivé une seule fois hier. On est irrésistiblement attirés par sa peinture, d’abord. Ses mots ensuite. Il a écrit la plupart des textes de l’expo. Il t’explique. Le premier est une merveille. Mais tous. Il parle de Sarajevo

Ensuite ont surgis en moi le sentiment et l’amour envers une multitude de choses qui étaient en train de disparaître ou étaient déjà disparues (Fenêtres, Maisons, Maisons de pierre). En créant ces représentations picturales je leur transmets mon amour, je lance une sorte d’appel pour leur préservation, pour nous faire vivre et perdurer en eux et avec eux.

Et son œuvre est à la hauteur de ses mots. La première salle quasi exclusivement consacrée à Venise. « En train de disparaitre ». La décrépitude de la ville. L’apparence maintenue alors que la plupart des bâtiments demandent une restauration quasi incessante pour ne pas tomber en ruine. Pour une raison infiniment moins tragique qu’à Sarajevo. Mais le lien est fait. Et les tableaux, et c’est magistral sont comme ça. A trois mètres on voit une façade, plutôt pimpante, on s’approche. Et… il a fait ça sur du papier de récupération collé sur le carton qui lui sert de fond. La peinture est presque posée comme ça. Vite fait. Les briques. Des touches de peinture plus ou moins alignées. Le papier sert à représenter les joints et la saleté. J’en suis restée bouche bée.

La deuxième salle. Le travail sur l’humain. Un couple de cinéma hollywoodien. L’homme, Bogart. Casablanca. Une série sur la Victoire de Samothrace. Le travail sur le drapé… Le mouvement est magnifique. Zec n’est pas qu’un peintre de la ville. La démonstration est parfaite. Et puis… Et puis Luigi. Portraits d’un homme un peu partout dans l’expo à partir de cette salle. La force, la force de cet homme surgissant de la toile. Le travail de la peinture rajoutée pour créer la lumière… De nouveau bouche bée.

Ensuite l’atelier. Le travail intime de l’artiste scénographié pour nous. La table et le chevalet au centre. Et autour les natures morte, les objets qui on servit de modèle sont là. En place. La miche de pain et le torchon qui la recouvre. Et deux grandes toiles qui nous montrent la table de travail du peintre. Ou que tu regarde, il y a quelque chose qui t’avait échappé la première fois. Et l’aquarelliste, travail et déclinaison d’une photo de Doisneau. La modestie, la nécessité de peindre. Ce qui semble habiter Zec, représenté à travers un autre.

Et là, on rentre dans la chapelle. Et … l’effet est fabuleux. Exceptionnel. Un homme crucifié est exposé, suspendu devant l’autel. Je n’en dit pas plus. L’effet est saisissant. Se suffit à lui même. Et l’œuvre a été créée spécialement pour le lieu.

Enfin une salle presque exclusivement consacrée à la gravure. Et c’est une façon remarquable de finir. Nombre d’œuvres ramènent à l’expo de 2001. Enfin ces arbres. Je me repait de ces arbres majestueux, multiple, bouffant la façade des maisons. Les chaises cannelée. Empilées. Tellement réalistes à encore quelques mètres et quand on s’approchent. Le même effet que pour Venise. Et la même réaction. Derrière, sont diffusés plusieurs documentaires court. La prochaine fois que j’y vais je prend le temps de les regarder.

L’expo se tient jusqu’au quinze janvier, le prix d’entrée est dérisoire pour la qualité de l’expo. Allez y. Et préparez vous à un coup de foudre pictural.

2 commentaires sur “Safet Zec, quinze ans après

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