Acteurs·Cinéma

Léaud crépusculaire

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Je sort d’une séance de cinéma très particulière. Rien que l’achat du billet « Une place pour La mort de Louis XIV s’il vous plait ». A prononcer c’est bizarre. On sait très bien comment est ce qu’il est mort, ça fait partit de l’histoire de France et peu de choses de la vie et la mort du roi on été privée. Sa vie a été un spectacle, une représentation quasi permanente. Et nous sommes conviés à la représentation de sa mort.

La salle est pleine, vraiment pleine. Une salle assez petite, une relative impression d’intimité, des fauteuils en gradin. Nous somme au spectacle. Et l’impression est confirmé par la façon dont l’histoire a été filmée. Nous ne sortons quasiment pas de la chambre du roi. Quelques plans, comme échappés, dans les jardins du château. L’ouverture vers une pièce attenante où des courtisans passent la soirée. Un passage, probablement dans la galerie des glaces. Mais pas en plan large. C’est la luminosité très particulière de la galerie qui me fait penser que nous y somme. La lumière.

Les plans sont d’une beauté époustouflante. Presque chacuns d’entre eux fait penser à un tableau de maître. Je pense très souvent à Rembrandt. Et aux clairs obscur de Georges de La Tour. Si je pense si souvent à la peinture, c’est aussi parce que les plans prennent leur temps, cette immobilité. Comme le film. On va voir Louis XIV agoniser pendant près de deux heures. Ça peu paraître interminable. Et c’est l’impression que ça donne parfois. Et en même temps on ne voit presque rien passer. Oui, il y a une contradiction énorme. L’impression d’un personnage qui n’en fini pas de mourir est réelle, mais grâce à la justesse de l’interprétation on ne voit pas passer les deux heures.

Justesse et Jean Pierre Léaud. Encore une contradiction. On oublie ici totalement le Léaud faux, maniéré, ce grand geste du bras, main ouverte, menton relevé, Antoine Doinel. Oui, normalement quand je le vois dans n’importe quel film je pense à une réplique. Celle de Marie France Pisier dans L’amour en fuite. Alors qu’elle voit Antoine et sa, tout juste, ex femme Christine sortir du tribunal où ils viennent de divorcer, Colette premier amour d’Antoine, devenue avocate, discute avec un de ces collègue et s’exclame « Mais c’est Antoine Doinel ! ». Ça ne m’a pas traversé l’esprit une seule fois. Le seul autre film où ça ne m’arrive pas c’est devant… Les 400 coups. Jean Pierre Léaud m’a démontré que si il est un de ces acteurs qui arrivent à être plus qu’ils ne jouent. Et que l’on aime pour ça. C’est avant tout parce qu’il est un très grand acteur. J’ai parlé plus haut de peinture, je remet ça. Si Picasso et Dali on réussit à être les plus grands de leurs courants artistique, que ce soit le cubisme ou le surréalisme, c’est parce qu’ils ont commencés par être des dessinateurs de génies. Si un acteur peut se faire aimer pour son jeu faux, complètement décalé, hyper personnel, et faire une carrière entière en jouant comme ça, il faut avant tout qu’il soit capable d’être la justesse personnifiée. Incarnée. De la très grande fraicheur de ces 14 ans en 1958 pour Truffaut à ses 72 ans aujourd’hui, Jean Pierre Léaud en fait une démonstration spectaculaire.

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