Acteurs·Livre·Théâtre

L’homme du hasard, Yasmina Reza

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C’est une pièce courte. Elle tient en trente pages, et c’est une de mes pièces préférée. Elle est d’une efficacité rare. Sa promptitude est une de ces forces. La pièce est un moment, un moment, comme pris au hasard. Deux personnages dans un compartiment de train. Ils sont assis. Et dialogue avec eux mêmes. Le texte est composé des tirades intérieure de chacun d’eux.

Leurs pensées sont décrites avec naturel. On passe d’une idée à l’autre. Plus ou moins honteuse, non, pas honteuse, mais de celles qu’on ne dit pas. Sauf, qu’ici, nous en somme spectateurs. Les personnages n’ont pas honte de ce qu’ils pensent, il se le disent à eux même. Il s’en fiche d’être moral ou non. Et bien sur, on s’y reconnais. Comme on peux se reconnaitre dans leur caractère qui transparaissent. Il est écrivain, il est connu, elle a son dernier livre dans son sac. Son schéma de pensée est très intéressant, on passe sans cesse d’un égo considérable, celui de l’auteur installé, reconnu, avec une œuvre significative à une espèce de distance par rapport à lui même… Pas vraiment du recul, il ne s’examine pas avec un début d’objectivité, il pense à lui comme à un autre. Il se prête à un jeu visiblement ancien, une sorte de tic, en passant de la première à la troisième personne quand il pense à lui même.

Elle aussi est orgueilleuse. Un orgueil de femme séduisante qui en a conscience. Une femme interprétée lors de la création par Françoise Fabian. Et le rôle lui allait certainement à la perfection. Elles partagent se maintient, cette assurance, ce mystère. Et cette beauté un peu à part. Son orgueil je m’y reconnais. « Je ne suis pas une femme qu’on compare. » J’aime sa force. Et à la fois elle est terriblement intimidée par l’idée de se retrouver face à cet auteur qu’elle lit depuis longtemps. Elle n’ose pas sortir le livre de son sac, elle voudrait lui parler, mais il ne lui vient que des banalités navrante. Et elle ne le fait pas.

Au bout d’un moment alors qu’il a presque fini de faire le tour de son propre sujet, il commence à s’intéresser à elle. Elle l’intrigue. « Étrange cette femme qui ne lit rien. Une femme qui ne lit rien pendant tout un voyage. » Son assurance le pousse à satisfaire sa curiosité, il lui demande quelque chose de banal. Elle s’enhardit, sort le livre et c’est lui qui s’intimide. Alors qu’il méprise le jugement de tous depuis le début de la pièce il est soudain suspendu au sien. Essaye de deviner ou elle en est. Guette le sourire. On est vraiment rien une fois que l’on nous confronte à l’avis de l’autre quand on est un artiste. Je ne doute pas que certains, et bien trop nombreux, bouffis de prétention n’en on rien à faire. Mais un minimum de modestie, et on attend avec fébrilité de savoir ce que l’autre pense. De savoir si l’on peux améliorer.

A la fin, tout à la fin, sur deux pages ils se parlent vraiment, il retrouve de l’assurance, l’interroge soudainement sur le livre, sur l’auteur, parle de lui comme d’un autre « cet auteur ». Elle le critique mais le défend aussi, et fini par l’appeler par son nom « monsieur Parsky, moi j’ai pleuré… Vous n’avez pas le droit d’être amer. » Et ce dialogue arrive avec le plus parfait naturel, ils se parlent par la pensée depuis un bon moment, et quand enfin ils échangent c’est une continuité de leurs pensées, aussi fluide que celles que l’on lit depuis le début. Assurance, timidité et merveilles du hasard.

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