Musique

Daniel Darc, trajectoire sans issue

J’ai découvert l’existence de Daniel Darc en mars 2004. Quand Crèvecœur est entré dans ma vie. Je l’ai écouté presque en entier avant de l’acheter. Suspendue à la voix feutrée et nasillarde à la fois de celui que j’allais écouter en boucle pendant des mois. Le coup de foudre immédiat pour cet homme qui revenait de dix ans au fond du gouffre.

J’ai tellement écouté ce disque que je l’ai abimé, aujourd’hui il faut que je m’y prenne à plusieurs reprises avant que mon lecteur le lise. Les premières notes et j’y suis déjà. Puis sa voix. Entre parlé et chanté. « La pluie qui tombe, m’effraie un peu… » Quand il cesse de chanter pour parler la différence est petite, mais palpable. Il nuance comme ça. Je suis en train de l’écouter en écrivant cet article, j’ai ce même sourire qu’à chaque fois. Sa voix comme sur un fil, mais avec juste assez d’assurance pour ne pas céder.

Ce côté « sur un fil », c’est ce qui l’a perdu. C’est pour ça qu’il y a un trou de dix ans dans sa carrière. Mais c’est aussi ce qui faisait sa poésie, sa singularité, phénoménale. Cette opposition entre sa fragilité, évidente, et son apparence, solide, un physique atypique mais … physique. Et une vraie gueule. Comme celle que le style de vie qu’il a eu peu en faire aux hommes. La fatigue évidente, la drogue, l’alcool. Pigalle. Ce qui l’a fait et l’a fini.

Après Crèvecœur j’ai allègrement exploré sa première carrière. Taxi Girl et ses disques solo. J’ai acheté le disque « Le meilleur de Daniel Darc« , celui là aussi je l’ai usé à force d’écoutes, cette voix d’avant, celle qui n’avait pas encore gagnée en profondeur. Début 2007 je l’ai vu sur scène. Une tournée de quelques dates « Les aventuriers d’un autre monde« , organisée par Richard Kolinka, avec Jean Louis Aubert en maitre de cérémonie, Raphaël en minet qui rend les gamines hystérique, Cali qui malgré tout son déploiement d’énergie était complètement éclipsé des que Daniel Darc et Alain Bashung étaient sur scène. Oui, j’ai vu Bashung sur scène. Avant la maladie. Le seul qui réussissait à avoir plus de présence que celui que j’étais vraiment venu voir. La présence. Animale, solaire, de cet homme. Mais il y a eu ce moment… J’étais au premier rang, Daniel Darc assis sur un ampli, en face de moi. Je le regarde, je le regarde tellement, il balaie les premiers rangs du regard, me vois, me sourit, s’accroche quelques instants à mon regard et se lève pour chanter. C’est comme si c’était hier.

Ensuite il y a eu Amours Suprêmes. Et la déception. Je ne l’ai pas écouté avant de l’acheter, j’aurais du. Aujourd’hui huit ans plus tard il est quasi neuf. Je n’ai pas compris pendant longtemps, pourquoi est ce que là grâce n’y était pas. Et j’ai fini par apprendre, avec les explications de Daniel Darc, que l’enregistrement du disque a été un conflit entre lui et Frédéric Lo qui était à l’origine et le producteur de Crèvecœur. Difficile, voir impossible, de faire du bon travail pour un artiste quand … quand ça se passe mal.

Mais trois ans plus tard, en 2011, La taille de mon âme. Merveille. Je retrouve celui qui m’a tant séduite sept ans plus tôt, je l’écoute un peu avant de l’acheter, j’apprends de mon erreur précédente. Je n’hésite pas deux minutes. J’aime profondément ce disque. Il ne me retourne pas autant que je l’ai été en 2004, mais, tout de même, la magie est là.

Deux ans plus tard il meurt. Et je suis effondrée. Le fil est rompu. Je l’écoute, je l’écoute, je l’écoute. Je ne suis pas croyante, mais ce jour là, j’aurais presque pu, tellement la religion était en lui. J’allume des bougies, je lui dresse un petit autel, avec les disques. Je le célèbre. Il venait d’enchanter neuf années, et j’ai sa musique, sa présence, sa grâce habitée avec moi, pour toujours.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s