Acteurs·Théâtre

Traverser la nuit à La Verrière

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Jeudi prochain (24 novembre), ça sera la deuxième représentation publique de Traverser la Nuit/Durch die Nacht, la dernière pièce en date d’Anne Marie Storme, auteur et metteur en scène. Ma metteur en scène. J’y serai le lendemain, pour la deuxième fois. J’ai assisté à la première il y a deux mois au Théâtre Charcot à Marcq en Baroeul. Une première oh combien marquante. Je joue en amateur depuis plus de dix ans et Anne Marie est ma metteur en scène depuis cinq ans maintenant. J’allais voir sa pièce, comme on va voir celle d’une amie dont on aime le travail. On veut que tout se passe bien, on sait que ça sera bon. Je connaissais déjà le texte, je l’avais lu quelques mois avant, mais je ne l’avais pas relu juste avant. Je voulais redécouvrir. Comme je vais la redécouvrir vendredi prochain. Car, même si j’ai tellement aimé la pièce, je n’en ai compris qu’une partie, vu qu’une partie. Tout en étant complètement absorbée. Il se passe tellement de choses, l’émotion est si prenante, que je n’ai pas fait attention à tout.

D’abord la vidéo. C’est un élément récurent de la pièce, comme de beaucoup trop de pièces aujourd’hui. Et je ne la supporte plus que quand elle est absolument justifiée. C’est complètement le cas ici. Elle est indispensable. Complète ce qui se passe sur scène, ce qui se dit. Elle n’illustre pas. N’explique pas. Elle nous fait aller plus loin. Comme les rares éléments de décor. Une chaise, une table, un cadre photo posé sur la table, un stylo. La table et la chaise Anne Marie a commencé par se demander se qu’elle allait pouvoir en faire. Mais ça ne m’étonne pas d’elle. Pour travailler avec elle, je sais qu’une chaise c’est déjà presque trop. Pas de décor, pas de superflu. Les objets, les meubles, si ils ne servent pas le propos, sont inutiles.

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Alors qu’est ce qui m’a échappé ? Et bien… et bien quelque chose dans ce qui est dit. Et j’ai lu le livre, et j’ai suivi avec la plus grande attention la pièce. Ce qui m’arrive très rarement. Devant les meilleures pièces, à un moment, je décroche. Je m’y remets presque toujours, mais il y a toujours ce décrochage. Pas là. Happée par l’émotion, par les acteurs. Sophie Bourdon et Jérome Baëlen, sœur et frère nous mettent tout de suite dans le propos. Il s’agit de rentrer dans l’appartement de leur mère qui s’est suicidée peu de temps auparavant. Ils n’ont rien de pratique à y faire. Elle s’était chargée de tout. Mais… mais ils doivent y entrer, s’y confronter. Ils vont y parler de leurs souvenirs, de leurs ressentis, de leurs mère. Leur relation, elle, est montrée plus qu’elle n’est dite. Leur proximité, particulière. La tendresse qu’ils ont l’un pour l’autre.

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Et puis, il y a la mère. Magistralement interprétée par Anne Conti. Le personnage m’était déjà familier,  je l’avais découvert dans la précédente pièce d’Anne Marie, A bout de silence. On était alors confronté à cette femme, à cette enfant choyée car elle était belle, intelligente, elle était l’ainée et que ses parents misaient tout sur elle. Et à la tragédie qu’a commencé à être sa vie le jour ou elle a appris, en France, ce qui s’était passé dans son pays pendant la guerre. Seule en scène dans la première pièce, Anne Conti était criante de vérité. Une économie de moyens comme j’en ai peu vu au théâtre. Aucun décor. Quelques accessoires. Juste une actrice sur un plateau nu. Et qui recule lentement, très lentement, jusqu’au fond du plateau pendant qu’elle nous fait vivre le drame de son personnage. Ici, elle nous montre ce qui c’est passé avant le suicide. Elle circule sur la scène, déplace sa chaise, sa table. S’y assied. Récapitule tout. Ce qu’elle a fait, ce qu’elle doit écrire. Parle à ses enfants. Nous fait voir ses pensées et ressentiments. Ici, elle fait le lien, assure la continuité, mais nous raconte une autre histoire.

Une histoire que vous pourrez voir au Théâtre de la découverte à La Verrière, à Lille les jeudi 24, vendredi 25 et samedi 26  (informations de réservation sur le site de La Verrière).

Texte et mise en scène : Anne-Marie Storme Avec : Anne Conti : la mère, Jérôme Baëlen : le frère, Sophie Bourdon : la sœur

Scénographie : Ettore Marchica, Univers musical : Johann Chauveau, Création lumière : Ben Diafora, Vidéo : Jacques Sechaud, Régie générale : Caroline Carliez, Production : Théâtre de l’Instant

www.theatredelinstant.fr

Les photos des acteurs sont de Simon Gosselin.

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