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Richard Avedon à l’étroit

Parfois le format, l’angle d’attaque d’une expo n’est pas à la hauteur de son sujet. Et on ressort avec un avis tellement difficile à formuler. Car le sujet lui n’a pas été décevant. Au contraire. Mais on ne peux pas, ne pas dire sa déception. C’est ce qui m’est arrivé après avoir vu « La France d’Avedon. Vieux Monde, New Look » samedi à la BNF.

Déjà, il faut aller jusqu’à la BNF. Traverser Paris, quand on viens, comme moi de la gare du nord. Trouver l’entrée. Payer neuf euros. Et faire le tour en même pas trois quart d’heure. Et en prenant son temps. En faisant deux fois le tour pour retourner voir les photos les plus marquante. Heureusement il est probablement impossible de faire une mauvaise expo sur Richard Avedon. Son œuvre se suffit à elle même, et même si je suis sortie de là un peu défaite, j’étais encore plus admirative qu’une heure plus tôt.

D’abord l’affiche en couleur, un peu trompeuse. Il y a bien des photos en couleurs. Mais ce sont majoritairement des images de Funny Face. Film dont il était le conseiller artistique et photographe officiel. Les images sont superbe. Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué dans la salle consacrée au film. Ma préférée la voilà.

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Audrey Hepburn et Fred Astaire répète. Et Avedon sans gêner le danseur et l’actrice, les prends en photos. La planche contact est exposée plus loin, toutes les photos sont des merveilles. Mais celle là est incontestablement la plus… gracieuse. Leurs portés de tête si propre à chacun. La tension dans le corps d’Astaire. La concentration d’Hepburn. La lumière qui les met en valeur et les balaie en même temps. Leur position, excentrée. Tout à ce qu’ils font. Ils ont comme oubliés le photographe et répètent réellement. Ce moment que tout les artistes connaissent. Coupés du monde extérieur. Concentrés sur ce qu’ils ont à faire pour que ça se passe bien.

Et puis il y a ce studio quasiment vide autour d’eux. Ils sont comme seuls au monde avec seul Avedon pour témoin du moment. La grandeur du lieu, la petitesse des deux danseurs, et en même temps, leurs présences, leur travail habitent pleinement l’endroit.

Suis une bien trop petite salle sur les photos de mode des années 50. Le genre est tellement riche, les mannequins, des femmes, minces mais avec des formes, des hanches, des seins, une présence, une histoire racontée à chaque photos. Ma préférée Bettina. Dovima, celle que seule Avedon réussissait à montrer à la perfection à chaque fois, alors qu’il y avait souvent quelque chose qui clochait avec les autres photographes. Mais celle qui nous ai le plus montré ici, c’est la superbe Suzy Parker. Star parmi les stars des mannequins fifties.

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La lumière encore, qui tombe de cette verrière. La lumière qui met en valeur la pâleur de la rousse Suzy. Le noir et la blancheur qui se mettent en valeur. Aucun des deux ne priment ici. Le noir du fond, de la robe, du tissu jeté sur les épaules met en valeur la blancheur, du visage, du décolleté, des avants bras et mains, et même du pied qui dépasse. Ce blanc qui rend le noir encore plus profond.

Là ou la photo est remarquable c’est que ce n’est pas la robe qui est mise en avant. Elle est montrée, certes, mais même sa longueur vaste et enveloppante, ne nous masque pas la beauté, sculpturale du modèle. Car c’est elle la star. On ne voit qu’elle. Son visage tendu vers la lumière et pas vers nous. Son buste, triomphant, la grâce et la force de ses mains et son pied qui prend la lumière et se détache.

A l’entrée de la salle suivante, un choc. Sur quatre murs, des photos accrochées les unes au dessus des autres, jusque sur trois niveaux. Toutes en noir et blanc. Des portraits de stars résidant en France. Pas que des Français, loin de là. Mais un panorama de ceux qui par leur présence dans le pays, à Paris la plupart du temps, on participé à la culture française. Nureyev, dans toute sa frontale nudité, Picasso, Chanel, Modigliani, Deneuve. Chaque photos est un manifeste. Un manifeste de ce que devrait être un portrait. Le modèle est extraordinairement mis en valeur. La méthode de Richard Avedon était simple, sans fioriture, il cherchait à mettre à l’aise, et une fois qu’il y était parvenu, il prenait quelques photos et c’était fini. Tout au bout de la salle trône une photo que je découvre pour l’occasion.

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Loulou de La Falaise dans toute sa décontraction, son assurance habillée par Yves Saint Laurent. Cette nonchalance chic qui nous toise avec un sourire de Joconde. Tout y est d’ailleurs, la légère torsion des épaules, le regard. Ça m’a fait le effet que devant le tableau de Leonard de Vinci. Elle nous regarde avec cette intensité tranquille. Et ce sourire. Léger, mais bien là. Et la mode de son époque.

Les photos prisent pour un magazine culte « Égoïste« . Celui dont cet autoportrait est une des couvertures.

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Avedon a été un des grands embauché pour la revue aux parutions rare et aléatoire. Il a pris cette photo de lui même, ma préférée dans toute son œuvre. Il a pris cette terrible photo d’Andy Warhol montrant les cicatrices qui lui sont sont resté de la tentative de meurtre dont il a été la victime. Il a travaillé avec la très jeune Isabelle Adjani. Marguerite Duras. Françoise Sagan. Mais celles qui m’ont le plus plu, celles avec Sylvie Guillem.

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La grâce de la danseuse, la lumière, toujours, qui montre son visage, met en valeur la musculature. Avedon nous montre ici bien plus qu’une femme nue. Il nous montre le corps d’une danseuse. Mais aussi, en mettant littéralement, en lumière, le visage de son modèle, il nous montre la personnalité derrière le corps, derrière les apparences. Sylvie Guillem a expliqué qu’elle n’avait pas hésité une seconde quand on lui a proposé de travailler avec lui. Sa seule retenue était son admiration pour le photographe. Un peu impressionnée elle c’est vite raisonnée en se disant que se retrouver face à « une cruche » impressionnable n’avait aucun intérêt pour Avedon. Il l’a mise à l’aise, a pris ses photos. Et une fois de plus c’est parfait.

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