Acteurs·Cinéma

Truffaut, drame intime

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Il n’y a peut être rien de plus efficace qu’un drame dans une œuvre de fiction pour la rendre un minimum intéressante. L’humour peut tomber à plat, le drame, si il est bien écrit, même simple, tracé dans les grandes lignes fonctionne presque à chaque fois. C’est un des éléments principaux de plusieurs cinéastes de la Nouvelle Vague, Chabrol avec son drame bourgeois de province. Il a quasiment inventé le genre. L’a marqué de son empreinte. Et il y a François Truffaut, et une sphère plus intime encore, variable, multiple.

Avec Truffaut ça commence dans l’enfance, la sienne et celle de son travail de réalisateur. Les 400 coups sont un drame. L’enfance d’Antoine Doinel, authentique règlement de compte du cinéaste avec sa propre enfance, avec sa mère, est un véritable témoignage sur la maltraitance infantile. Truffaut glissera au milieu du film une scène heureuse, familiale quand il se rendra compte de la noirceur de ce qu’il est en train de tourner. Mais ça ne fait pas oublier tout le reste. Le drame d’Antoine Doinel est devant nous. Et la relative légèreté des films de la saga qui suivra, Antoine et Colette, Baisés volés, Domicile conjugal et L’amour en fuite, sont avant tout la répétition des problèmes du personnage avec les femmes. Il recherche une mère, en chacune où presque et ne peux pas s’attacher véritablement, durablement. Il fuit dès qu’il en a l’occasion.

Parfois le drame se retrouve mêlé à l’Histoire. La première guerre mondiale avec Jules et Jim. La seconde avec Le dernier métro. Les évènements ont un impact sur les personnages, les places dans un contexte. Jules est autrichien, Jim est français. Mais il y a une femme entre eux. Et c’est là qu’est le véritable problème. Le dernier métro est plus particulier. Il arrive presque à la fin de la vie de Truffaut, c’est un film très mature, et le sujet de la seconde guerre mondiale le touche de près, puisqu’il l’a vécue et que son père biologique était juif. Même si il ne l’a pas connu, l’impact est visible ici. Le personnage de Lucas Steiner est spécial dans l’œuvre de son réalisateur, à part. Mais, même si ici, le drame intime est capital il est à égalité d’importance avec l’Histoire. Marion Steiner est bel est bien tiraillée entre son mari et son partenaire de scène. Et seule la lucidité de Lucas, qui autorise implicitement sa femme à le tromper, la pousse même clairement dans les bras de son rival, sauvera son couple. Mais les difficultés sentimentale sont sur le même plan que les problèmes de survie du théâtre et de Lucas.

La femme est toujours au centre du drame. C’est en partie le reflet de la vie de Truffaut. Sa mère, d’abord. Mais surtout son énorme pouvoir de séduction. La liste invraisemblable de ses conquêtes. Marie France Pisier, Claude Jade, Françoise Dorléac, Catherine Deneuve, Jacqueline Biset, Fanny Ardant. Et énormément d’autres. Il ne pouvait presque pas tourner un film sans, au minimum, avoir une liaison avec son actrice principale. Jeanne Moreau et Isabelle Adjani sont deux des exceptions. Mais il a tout de même développée des relations particulière avec elles. Jeanne Moreau était « un copain ». Tandis qu’il a quasiment harcelé Adjani jusqu’à ce qu’elle quitte la Comédie Française pour le cinéma.

La peau douce, La mariée était en noir, La sirène du Mississipi, Les deux anglaises et le continent, L’histoire d’Adèle H, L’homme qui aimait les femmes, La chambre verte, La femme d’à côté, Vivement dimanche. On pourrait tous les citer. Tous sont construit sur une histoire de femme(s) et d’un drame. Plus ou moins important. Plus ou moins tragique, mais tous nous parle d’une histoire entre un homme et une où des femmes qui a mal tourné ou qui tournera mal. C’est presque à chaque fois une relation trouble, défaillante, parfois jusqu’à la folie, jusqu’au meurtre. Adèle Hugo est devenue folle à force de désespoir, le mari infidèle de La peau douce est tué par sa femme d’un coup de fusil. François Truffaut est incapable de faire son deuil dans La chambre verte. Charles Denner meurt d’être trop attiré par les femmes. Et Jeanne Moreau tue méthodiquement tout ceux qui sont lié à l’assassinat de celui qu’elle venait tout juste d’épouser. A chaque fois se sont des drames intimes. Brutaux. Tous sont rendu emblématique par leur réalisateur. Mais Truffaut trouvait presque tout ces films dans un fait réel. Personnages historique, nés d’un contexte historique ou directement issus d’un fait divers. Mais toujours au cœur de l’intime.

Même ces films les plus léger, les plus presque purement comique ont ça en eux. Une belle fille comme moi. Film injustement méconnu, censuré à sa sortie, ouvertement potache, est construit sur l’inconstance et la propension au meurtre de son héroïne jouée par Bernadette Lafont. Et La nuit américaine. Hommage formidable au cinéma, n’y échappe pas non plus. Le film dans le film, celui que l’équipe que nous suivons est en train de tourner est une histoire d’adultère. Comment une jeune femme quitte son tout juste mari pour le père de celui ci. Et l’instabilité de l’actrice jouée par Jacqueline Bisset, récemment dépressive, mariée à un homme qui pourrait facilement être son père. Très discret et au centre de toutes les attentions. Même dans le potache, la comédie, Truffaut ne pouvait pas s’empêcher de glisser une part de drame.

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