Expo·mode

Balenciaga à l’œuvre

Il y a déjà six ans, le palais Galliera présentait une rétrospective Madame Grès au musée Bourdelle. Formidable exposition de la reine du drapé au milieu des sculptures puissantes et graves de l’artiste. On y découvraient les vêtements exposés très simplement, le tissu mis en avant par la pierre, le plâtre et le bronze et réciproquement. Depuis deux jours se tient une nouvelle exposition, un hommage à celui que l’on appelait « Le Maitre », « Le couturier des couturiers », à Cristobal Balenciaga.

Balenciaga Bourdelle 1

La force de la sculpture et la simplicité du tissu tout juste coupé, les toiles qui donnent la forme, créent le mouvement, l’ébauche du vêtement. C’est la même impression que face aux robes de Madame Grés dans cette même salle, mais avec la variante Balenciaga. Le noir du tissu, la coupe simple, des robes en préparations, courtes, droites, intemporelles.

Balenciaga Bourdelle 2

Des patrons, des demis manteaux dont le noir profond tranche avec le blanc du mannequin et des coutures, servant d’indications aux ateliers de la maison de couture. La tranche du cadre en bois à l’intérieur duquel nous est montré ce travail de préparation nous rappelle ce contraste. Ce n’est pas fini, il reste encore tout à faire. La coupe est là, mais il manque ce qui va rendre le vêtement exceptionnel.

Balenciaga Bourdelle 3

Le contraste est partout, après le tissu face à la sculpture, il y a celui, si fragile, qu’il faut le cacher de la lumière, les visiteurs soulèvent le tissu qui les masquent, ils découvrent la poésie de Balenciaga, des coupes audacieuses, des tissus inventés et fabriqués pour lui, le Gazar et son dérivé le Zagar. Obtenus avec un tissage très lâche, difficile à maitriser, ils ne sont pas à la portée de tous. Mais leur créateur en obtenait tout ce qu’il voulait, le tissu devient sculpture, il est le volume.

Baleciaga Bourdelle 7

Balenciaga Bourdelle 5

Balenciaga Bourdelle 6

Face à l’œuvre monumentale d’Antoine Bourdelle exposée dans l’extension construite par Christian de Portzamparc, c’est le travail fini, gracieux et solennel de Cristobal Balenciaga qui apparait. Les robes répondent avec rigueur aux fresques et statues de bronze. L’éternel Espagne réinterprétée par son roi de la mode face à la solennité de la statuaire ou l’influence de Rodin, maître du sculpteur chez qui nous somme, se fait sentir. La virtuosité d’une robe, les lignes rigoureuses de deux autres ou les tissus modèlent les variations, le charme d’une longue étole frangée. Le talent indémodable de Balenciaga contre la force de Bourdelle.

Balenciaga Bourdelle 8

Balenciaga Bourdelle 9

Balenciaga Bourdelle 10

Après cette plongée dans le noir une couleur apparait. Sans s’imposer le rose complète, s’associe. A l’image du tissu qui crée le vêtement autant qu’il le sublime et qu’il l’est, la couleur, par petites touches dans des matières variables, en perles, ou en grand aplat de tissus n’est pas là pour voler la vedette à la robe, au manteau, elle est là pour participer à son raffinement. C’est le propos de toute l’exposition, le travail d’un des deux artistes n’est pas là pour prendre le pas sur l’autre. Ils s’associent, un dialogue se crée. La haute couture et la sculpture se répondent.

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