Acteurs·Cinéma

Lino Ventura, en maitrise.

Lino Ventura est un de ces acteurs qui ont marqué le cinéma français par leurs présences, par leurs physiques, par leurs rôles, emblématique. C’est un cas à part. Lino pouvait tout jouer, les malfrats, souvent, les flics tout autant, et les hommes traqués, pour des raisons obscures ou vite exposées. Dans chaque rôles il s’imposait, solide, sur de lui, dominant. Une grande douceur parfois, d’un coup furieux, mais pas une insulte qui ne soit bien sentie, qui ne soit justifiée. Furieux mais avec un sens de la mesure.

Lino Ventura était de ces acteurs pour lesquels les scénaristes écrivaient. Les répliques, les situations étaient bâties à sa mesure. Audiard, bien sur qui écrivait en s’inspirant de ceux qui allaient dire le texte. Leurs tournures de phrases, leurs mots, leurs caractères. Il l’a admirablement servit. En tonton flingueur, culte, il s’emporte, s’explique, met à la porte, distribue les bourres pifs. Et fait redescendre la pression. Il joue ce passage de la fureur au calme avec une sobriété exemplaire. Pas besoin d’en faire trop. En ancien catcheur, il savait que son physique en imposait suffisamment pour ne trop en faire dans le jeu, dans le ton. Un gangster qui s’impose par la brutalité, mais aussi par son assurance. Seuls ces rivaux ou associés essayent de le contrer, d’être à sa hauteur. Mais ils ont souvent besoin d’en faire trop pour essayer de le déstabiliser. Ça ne peut pas marcher. On ne gagne pas contre la force toute en maitrise de Lino Ventura.

Ces personnages, pris pour des brutes idiote par les autres personnages du film. La tentative d’explication infantilisante, et l’alter ego de Lino qui met un terme à la conversation en retournant les arguments contre les jeunes cuistres. Arguments plus ou moins explosifs…

C’était un homme très droit. Intelligent, de son temps. Respectant les femmes. Avec une pudeur d’homme. Il refusait ne serait ce que d’enlever sa chemise à l’écran. Absolument jamais de scène dénudée ou même très intime avec une actrice. Les réalisateurs lui ont donnés pour partenaires quelques unes des femmes les plus élégantes, les plus classes. Mireille Darc plusieurs fois. Mais il y en a une qui a une aura particulière, c’est Françoise Fabian. Sa beauté, son charme exceptionnel, sa présence. Dans La Bonne Année, ils ont des scènes d’intimité qui en disent plus que bien des scènes d’amour physique. Ils parlent, s’écoutent, se regardent, plaisantent, se comprennent ou non, et le charme de chaque personnage opère sur l’autre.

A un moment du film. Il arrive chez lui, chez eux. Elle le sait, et alors qu’elle a mis un autre homme dans son lit, elle sort l’autre de sa vie et de l’appartement. Lui seul compte.

L’autre face des rôles de gangster pour un acteur de cette génération ? Les rôles de flics. De commissaire bourrus, avec déjà une carrière derrière eux. Parfois même en fin de carrière ou après une bavure. Il en a eu sa part. Et ce sont quelques uns de ses plus beaux rôles. Dans Dernier domicile connu, débarqué dans un commissariat de quartier ou il s’ennuie au point de prendre en pitié un jeune garçon à qui ont a volé des pigeons capucins, et de mener une véritable enquête jusqu’à sa résolution. Alors grâce ou à cause de sa ténacité pas oubliée il se retrouve à chercher un homme introuvable appelé à témoigner. La musique du film est emblématique. La répétition. Insatiable. Ne pas s’arrêter, malgré la fatigue, les embuches, les impasses. Ça aussi c’est Lino Ventura. Sa ténacité, mener une tache à bien, malgré tout. Hommes, femmes, situations hostiles, rien n’y personne n’est un obstacle valable entre Lino et son but.

 

Et parfois, les éléments sont contre lui, il est traqué, il est la cible. Il ne sait pas pourquoi, il se heurte à tout et tous. Rien ne l’arrête. Parfois la mort, brutale. Mais à par elle, rien ne l’arrête dans la quête de la vérité. Pourquoi lui ? De quoi, de qui est il la victime ? Il se retrouve dans des situations invraisemblable, incompréhensible, d’ailleurs, personne ne le croit quand, enfin, il peut raconter. Sa sobriété cartésienne confrontée à l’improbable. A ce qui pourrait lui paraitre impossible si il n’était pas aussi sur de lui, de ses actes, de ses pensées. Frantic de Polanski n’est rien d’autre qu’une version développée d’Un papillon sur l’épaule. La disparition, l’absurde, l’incompréhension, la traque. Tout était déjà là.

 

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