Acteurs·Cinéma

Jean Pierre Léaud, cas à part

Jean Pierre Léaud est parfaitement unique. Il s’est créé un personnage, qui passe de films en films, qui se confond avec lui même. Il est Jean Pierre Léaud à l’écran, il est un personnage en public. Des l’enfance, à 14 ans, il est entré dans le cinéma, en est devenu un mythe, et sa présence, est toujours restée particulière.

Quand François Truffaut tombe sur le jeune Léaud lors des castings des 400 coups, il est d’abord surpris. Le garçon en face de lui ne correspond pas vraiment à la candidature qu’il a reçue, cheveux plus court, air plus dur. Mais la gouaille du gamin l’emporte et il est devient Antoine Doinel. Les 400 coups, film largement autobiographique, témoignage tragique sur l’enfance du réalisateur, enclenche la relation qui unira Truffaut et Léaud pour plusieurs décennies. Leurs histoires se confondent déjà. Enfants mal aimés, rendus difficiles par l’éducation ou l’abandon à eux même. Le jeune acteur ne peut pas être mieux placé pour comprendre son personnage. Truffaut adapte son film, son personnage à son acteur. Déjà, des 14 ans, Léaud s’impose. Sa présence marque l’écran.

Il s’empare du personnage d’Antoine Doinel. Alors qu’Antoine était un portrait de son créateur sur le papier, il devient la créature de son interprète. Truffaut le disait, l’affirmait lui même, plus la saga Doinel avance, plus le personnage lui échappe, la transition se fait. C’est la force de Jean Pierre Léaud, les rôles viennent à lui, il se les approprient. Dans tout les films il est lui même, impose sa personnalité. Et les réalisateurs ne demandent que ça, car il est bien plus qu’un acteur, il est l’époque, son époque, il incarne littéralement la Nouvelle Vague.

Un jeu qui va à l’opposé du réel. Un timbre de voix, une intonation qui lui sont propre, qui détonnent. Un physique de jeune homme lambda. Un regard intense. Une capacité à se taire, sans que ce ne soit gênant. Et tout d’un coup l’emballement, il parle, il parle, il parle. Ne s’arrête plus de parler avec emphase, un grand geste de la main, du bras, il occupe l’espace, menton relevé, la mèche relevée, il occupe totalement le champ de la caméra. Parfois en roue libre, les réalisateurs le laissent faire.

Seul Godard tente de lutter, de le contraindre. Deux personnalités, deux visions du cinéma se rejoignent, se percutent, ne peuvent faire l’une sans l’autre, l’une avec l’autre. Car le jeu de Léaud est trop personnel pour être véritablement contraint. Même pas par Jean Luc Godard, qui façonne ses films sur ses acteurs, qui s’emploie hors cinéma à mettre ses amis/compagnes dans des situations qu’il ré-exploite une fois en tournage. Pour les décaler, pour rendre la vie irréelle. Tout est fait pour que leurs visions se rejoignent. Mais Léaud ne se laisse pas faire. Contraint il progresse, mais il ne se laissera jamais manipuler par Godard. Ça signera la rupture.

Un thème revient. Plus qu’un thème, une constante du personnage. Le rapport difficile aux femmes. Pendant tout un pan de sa carrière ce n’est jamais simple. Il ne sait pas comment s’y prendre, demande trop, donne trop peu, perd tout alors qu’il n’est qu’en recherche d’absolu. Dans Domicile Conjugal, Antoine et sa femme Christine se séparent, arrivés au bout de leur histoire. Sur le trottoir alors qu’elle monte dans un taxi il lui dit « Tu es ma petite sœur, tu es ma fille, tu es ma mère. » résolue elle lui répond « J’aurais bien aimé aussi être ta femme. » Ces quelques secondes de dialogue résume les rapports du personnage Léaud aux personnages féminins. Selon Truffaut, qui restera pour toujours celui qui le comprenait le mieux, ces difficultés à l’écran ne sont que le reflet de celles que rencontrent l’acteur dans sa vie personnelle. Insécure, en quête d’absolu.

Sur le tard c’est la grande douceur du personnage Léaud qui ressort, s’impose. Sa présence, son intonation, ne plus être dans la séduction. Son rapport aux femmes se pacifie, il ne cherche plus à les séduire, mais les idéalisent toujours un peu. Il veux les protéger. Les estiment. Les traitent avec respect. Dans Le pornographe, il joue un ancien réalisateur de films revenu de tout et qui se retrouve de nouveau sur un tournage. Son regard a changé, il ne s’intéresse plus à la pornographie pour elle même. Il cherche l’humanité. Bien sur ça ne peux pas marcher, il est complètement dépassé. Une fois de plus il détonne, pour une fois (où presque), il n’est pas en tort. On prend son parti. Une fois de plus il réussit à s’imposer à l’écran, sans en faire trop. Subtil. Pas d’embardée, juste sa présence, définitivement à part.

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