Acteurs·Cinéma

Lola Pater, la pudeur en gros plan

Lola Pater Tewfik Jallab

Ça commence par la mort, par la mort de la mère. A vingt cinq ans Zino part à la recherche de son père, ce père qu’il a à peine connu. Son père dont sa mère ne lui a jamais rien dit. Alors, après la mort, pas de fioritures, il file directement chez lui après avoir obtenu l’adresse par le notaire. Et il se retrouve face à une femme. Face à Lola.

Fanny Ardant ne surjoue à aucun moment. Sa féminité triomphante n’est pas encore plus exacerbée ici, elle en fait autre chose. Le postulat de départ est une évidence pour le spectateur. Bien sur c’est elle, elle ne peux pas aller contre son œil noir, sa bouche immense, son physique et sa voix reconnaissable entre toute, rendue encore plus grave par la cigarette.  Mais elle met tout ce qu’elle est au service de son personnage. Elle joue un homme devenu femme. Et tout ce que ça veux dire de la recherche de la féminité. Les vêtements, l’attitude, être femme, se sentir enfin vraie, mais aussi les gouffres que le regard de l’autre et son propre jugement, sa propre culpabilité peut entrainer.

Lola Pater Fanny Ardant

Face à elle, Tewfik Jallab, tout aussi crédible. Aussi juste et contrasté dans sa virilité toute moderne que Lola l’est dans sa féminité. Son personnage, Zino, est intelligent, sensible et ouvert d’esprit, mais la douleur du deuil et l’absence d’un père qu’il retrouve rendent tout difficile. Il ne l’accepte pas. La rejette même franchement, et il faudra toute son intelligence et un geste de désespoir pour qu’il accepte la situation. Pour qu’il accepte son père tel qu’il est.

Ce n’est pas un film heureux. Tout, ici, parle d’acceptation, de soi, de l’autre, et de l’histoire familiale. Nadir Moknèche a fait un film traversé par des sentiments dur montrés avec pudeur. Toute en gros plan, l’image, nous montre les choses, ne nous cache quasiment rien, mais ce n’est jamais gratuit. Le visage de Fanny Ardant, ses larmes, ses rides, le désespoir de Lola. L’incompréhension et les émotions trouble de Zino. Mais, et c’est peut être le plus important, le film ne sombre jamais dans le pathos. Le refus du père devenu femme, les passages sur la tombe de la mère, Lola, rien n’est caricatural, rien n’est excessif, l’histoire et les personnages se suffisent à eux même.

Lola Pater Fanny Ardant Tewfik Jallab 2

Le film est aussi traversé par la question du genre. La virilité contemporaine de Zino, la féminité de son père, les deux attitudes s’affrontent. Lola sait qu’elle va être rejetée, mais elle y va quand même. Le rejet d’un corps et l’esthétisation du sien, au delà de l’histoire c’est ce dont Lola Pater nous parle.

Lola Pater Fanny Ardant Tewfik Jallab

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