Lecture du mois·Livre

Colette et les siennes – Dominique Bona

Colette et les siennes commence par un moment à part dans la vie de quatre femmes, Colette, sa consœur journaliste et auteure Annie de Pène et les actrices Marguerite Moreno et Musidora. C’est le mois d’aout 1914, dans Paris quasiment déserté par les hommes appelés aux front. Ceux qui restent sont vieux ou non mobilisables, les femmes s’organisent, apprennent à vivre entre elles. Ces quatre là vont vivre quelques mois ensemble et resteront liées jusqu’à la mort.  La sororité sous tend tout le livre, elles sont ensemble pour vivre malgré l’absence des hommes, pour soutenir Colette dont le mari Henry de Jouvenel est au front, et bientôt à Verdun. Mais aussi pour recréer un monde à part, le leur, fait de liberté, de libre arbitre. D’amour quasi familial, entre elles, elles se découvrent mères et/où sœurs de cœur. Les trois qui ont dépassé la quarantaine se préoccupent sans cesse de Musidora, jeune femme frêle au rythme de vie soutenu. Ensembles elles vont braver les interdits qui nous paraissent si dérisoire aujourd’hui : elles ont toutes les cheveux court, à la garçonne avant l’heure, elles sont en avant sur leur temps, elles travaillaient avant la guerre. Les premiers mois d’insouciance et de sidération ou le travail est ralentit ne sont qu’une pause avant le retour à leurs métiers.

Chacune à leur façon, Colette et Annie, deviennent reporters de guerre. La première parlant comme elle sait déjà admirablement le faire de la vie du peuple, des à côtés qui font tout, la deuxième va dans les tranchées, parcourt les champs de bataille, recueillent les témoignages des poilus. Les deux femmes partagent tant de point communs qu’elle se disent amies d’enfance alors qu’elles se sont connues à l’âge adulte, elles écrivent dans deux journaux, concurrents mais avec des points de vue similaire, elles viennent de la campagne et ne se lasse pas de parler de leurs jardins et histoires d’enfance dans leurs livres. Elles sont aussi passionnées l’une que l’autre, elles sont comme deux sœurs de littérature.

Dominique Bona parlent longuement des amours féminines de Colette, sa parenthèse d’un peu plus de cinq ans entre Willy, son premier mari et Henry. Missy, surtout mais aussi les premières qui lui ont redonné gout à l’amour avant qu’elle rencontre celle qui sera sa compagne pendant quelques années. Mais entre les quatre femmes qui vivent presque ensemble pendant ses quelques mois de 1914, il ne s’agit pas d’amour physique. Il s’agit d’un amour de femmes, de sœurs, de compagnes de vies, qui ne les séparera jamais, même, quand elles seront loin les unes des autres.

Elles se soutiendront toujours dans les difficultés sentimentales, mais aussi et surtout dans les difficultés professionnelles. Colette et Annie s’envoie du papier vierge au cœur du conflit quand l’une des deux en reçoit de sa rédaction. Marguerite après des années de guerre très difficiles retrouvera le succès grâce à ses amies qui lui suggèreront de quitter ses rôles de tragédienne pour exprimer son sens de l’humour dans la comédie. Musidora voudra faire profiter de son succès phénoménal dans le cinéma à Colette, qui réticente devant cet art, se laissera tout de même convaincre quelques fois.

Peu présent dans la vie de tout les jours les hommes ne sont pas moins au cœur de leurs préoccupations. Plusieurs d’entre elles travailleront temporairement dans des hôpitaux, Annie les fréquentent au plus près dans les tranchées, Musidora a plusieurs amants et leur consacre le temps qui lui reste après le travail, sous lequel elle croule, et les heures et jours passés avec ses amies. Et puis il y a Colette et Henry, elle va, au mépris du danger et de la dénonciation le retrouver à Verdun. Officier, il peut passer ses nuits en ville et ne s’en privera jamais tant que sa femme est là, ils passeront quelques mois d’amour au cœur du conflit, vivant ensemble chaque instants qui leurs aient donnés comme si ils devaient être les derniers.

Le portrait d’Henry de Jouvenel dressé par Dominique Bona est passionnant, les lecteurs de Colette le connaissent, bien sur, mais elle n’a jamais donné l’occasion de le découvrir ainsi. On apprend tout de lui, sa personnalité, son charme fou, sa passion pour la politique et la diplomatie, son héroïsme pendant la guerre ou il ne lâche pas son métier de journaliste, de grand journaliste même. Colette et les siennes nous parlent avant tout de femmes, mais le livre n’oublie pas de montrer les hommes de ses femmes tel qu’ils étaient et tel qu’elles les auraient voulus.

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