Lecture du mois·Livre

Lectures du mois #4

Francis Scott Fitzgerald - Henry Troyat - Le mort saisit le vif - Georges Perec - Les choses.JPG

La coupe de cristal taillé/La Sorcière rousse – Francis Scott Fitzgerald (1922)

Ce sont deux nouvelles tirées d’un recueil. Deux nouvelles tirant vers le fantastique. Francis Scott Fitzgerald n’est pas encore à son meilleur, le ton n’est pas tout à fait le même que celui alliant avec virtuosité, légèreté du phrasé et gravité du sujet qu’il atteindra avec Gatsby le Magnifique et encore plus avec Tendre est la nuit. Mais l’esprit est déjà là. Déjà la folie et le sens de la démesure s’insinuent dans un milieu qui se veut poli et sans vagues. Déjà un des auteurs les plus justes des années vingt commence a affirmer le style qui le rendra inimitable.

« Il y eut l’âge de la pierre brute, l’âge de la pierre polie, l’âge du bronze et, longtemps après, l’âge du cristal taillé. A l’âge du cristal taillé, quand une jeune dame avait persuadé un jeune homme aux longues moustaches frisées de l’épouser, elle passait ensuite plusieurs mois à écrire des lettres de remerciements pour toutes sortes de cadeaux en cristal taillé – bols à punch, rince-doigts, verres à eau, verres à vin, coupes à sorbets, bonbonnières, carafes et vases – car, sans rien avoir de très neuf en cette fin de siècle, il reflétait alors avec une ardeur particulière l’éclat éblouissant de la mode, de Back Bay aux pointes avancées du Middle West. »

Le mort saisit le vif – Henri Troyat (1942)

C’est l’histoire d’un livre qui n’aurait pas du paraitre. C’est l’histoire d’un succès qui n’aurait pas du avoir lieu. C’est l’histoire d’un mort qui s’insinue dans l’esprit, dans la vie, d’un vivant. Henri Troyat nous raconte à travers le point de vue de son personnage principal comment est ce qu’un homme perd la raison après qu’il ait rencontré le succès malgré lui, comment il va devenir fou après avoir cherché la gloire sans la vouloir. C’est un livre brillant, qui monte en puissance au fur et à mesure des pages, il est de ces livres qu’on finit par ne plus lâcher, l’histoire fini par prendre le dessus, aussi surement que le mort saisit le vif.

« Vais-je, ce soir encore, me dérober, renoncer à la tâche ? Arracherais-je cette page dix fois recommencée, dont chaque rature témoigne de ma fatigue et de ma confusion ? Le dos de mon cahier, effiloché à vif, ne tient plus qu’une pincée de feuillets jaunâtres. La lumière de la lampe me coupe les mains aux poignets. Ces papiers ouverts. Ces deux mains. Il faut, il faut que j’écrive.

Je parlerais de toi, Suzanne, dont j’entends le pas dans la chambre voisine. Tu te déshabille, sans doute, avec tes lents gestes paresseux de la nuit. Tu contemples dans la glace ton fin visage blanc, au menton pointu, aux pommettes larges, tes yeux gris, tes lèvres. Tu souris au silence, à l’absence. Tu es heureuse. Et tu me crois heureux. Comment pourrais-je n’être pas heureux, puisque la discussion est close, puisque j’ai cédé, puisque je ferai tout ce que tu désires ? Je n’ai qu’à étendre la main pour toucher, sur ma table, de paquet plat et large, noué d’une ficelle orange. Demain, j’expédierai ce pli par la poste. Et ce geste banal déclenchera les destins. Déjà, le mouvement commence, qui doit m’entraîner vers tout les risques, vers toutes les chances que tu exiges et que j’appréhende. »

Les choses – Georges Perec (1965)

C’est l’histoire d’un couple. Deux jeunes gens qui se rêvent plus riches qu’ils ne le seront jamais. Parce que leur liberté n’a pas de limite. Ils rêvent de ce que serait leur quotidien, leur maison, leur travail, de ce que serait la volupté. A un moment leur routine n’a plus de sens, alors ils partent. Mais le sens de la vie ne sera pas au rendez vous. Georges Perec décrit à merveille cette ambiance du Paris des années 60, familière, même pour ceux qui ne l’ont pas connue. Ce couple nous est familier. On le découvre et on le connait déjà, le style de l’auteur se coule dans leur quotidien, nous berce, nous parle de cet ennui relatif, sans jamais nous ennuyer.

« L’œil, d’abord, glisserait sur la moquette grise d’un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures, représentant l’une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l’autre un navire à aubes, le Ville-de-Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir, retenue par de gros anneaux de bois noir veiné, et qu’un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette, alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement.

Ce serait une salle de séjour, longue de sept mètres environ, large de trois. A gauche, dans une sorte d’alcôve, un gros divan de cuir noir fatigué serait flanqué de deux bibliothèques en merisier pâle où des livres s’entasseraient pêle-mêle. Au dessus du divan, un portulan occuperait toute la longueur du panneau. Au-delà d’une petite table basse, sous un tapis de prière en soie accroché au mur par trois clous de cuivre à grosses têtes, et qui ferait pendant à la tenture de cuir, un autre divan, perpendiculaire au premier, recouvert de velours brun clair, conduirait à un petit meuble haut sur pieds, laqué de rouge sombre, garni de trois étagères qui supporteraient des bibelots : des agates et des oeufs de pierre des boîtes à priser, des bonbonnières, des cendriers de jade, une coquille de nacre, une montre de gousset en argent, un verre taillé, une pyramide de cristal, une miniature dans un cadre ovale. »

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