Interview·Parcours d'artiste·Photo

Parcours d’artiste : Rêvelise Rohart – Photographe

Marhinou2 - Rêvelise Rohart

Marhinou

Les photos sont de Rêvelise Rohart et non libres de droits

Jeune photographe lilloise Rêvelise est passionnée, sensible et instinctive, à l’image de son travail. Autodidacte et grande travailleuse elle relance ses projets en ce début 2018 après plusieurs années à mener de front son art et une activité salariée. A cette occasion elle revient sur son parcours, sa démarche artistique et ses projets dans une longue interview, détaillée et sincère.

Est ce que tu pratiquais un ou plusieurs arts dans ton enfance ?

Quand j’étais petite fille, ma maman m’inscrivait à tous les concours de dessin possibles et imaginables. Je dessinais donc énormément et avec beaucoup de plaisir. Je me souviens que je montrais mes dessins à l’école et que mes camardes étaient admiratifs (et ma mère aussi !).

De quand date vraiment ton intérêt pour l’art ?

Depuis que j’ai 17 ou 18 ans, c’est arrivé tard. Je n’ai pas grandi dans une famille où cela avait de l’importance, ma mère lisait énormément, mais c’est tout. C’est en entrant au lycée et après la rencontre de mon professeur d’histoire, Olivier Gruy, que j’ai commencé à m’y intéresser, c’est lui qui m’a mis le nez dedans en me parlant surtout de musique et de photographie.

Olivier m’a emmenée dans les concerts et il m’a ouvert à des mondes où je n’avais jamais mis les pieds. Même si ma mère m’a donné le gout du dessin et de la lecture, je n’étais pas vraiment réceptive à l’époque. Olivier en revanche, a su me montrer des choses auxquelles j’ai tout de suite été sensible, je pense notamment à l’œuvre de Nan Goldin.

tornade - Rêvelise Rohart

Tornade

ma voisine - Rêvelise Rohart

Ma voisine

Est ce que tu as un souvenir marquant lié à tes débuts ?

Oui ! Ce voyage à Prague avec Olivier ! J’ai découvert là-bas, comme dans un état de pleine conscience, que je voulais devenir photographe. J’ai pris une photo d’Olivier sur le Pont-Charles et j’ai tout de suite ressenti un grand et beau sentiment de fierté. C’est là que j’ai vraiment saisi que je voulais faire ça.

Olivier sur le Pont-Charles - Rêvelise Rohart

Est ce qu’Olivier pratiquait un art ?

J’ai commencé à discuter avec Olivier après les cours parce que j’avais appris qu’il était photographe et cela m’attirait. A l’époque, un cliché qu’il avait posté sur les réseaux avait beaucoup fait parler de lui dans l’enceinte du lycée. C’était un autoportrait avec beaucoup d’autodérision qui laissait entrevoir une bonne partie de son corps parmi les étoiles. La majorité des élèves avaient trouvé ça scandaleux, alors que moi, je trouvais ça super et culotté. C’est après la découverte de ce cliché que nous avons discuté photo et que nous sommes devenus bons amis.

 

Miroir 1 et 2

Tu as fais des études liées à l’art ? A quel moment est ce que tu as vraiment commencé à travailler la photo ?

Absolument aucune ! Je n’ai même pas choisi la spécialité Art au lycée ! J’ai commencé à vraiment pratiquer un an après avoir quitté la maison de mon père. J’ai commencé des études supérieures que j’ai vite interrompues et j’ai glandé. Après cette année à ne rien foutre, j’ai repris des études de management (que j’ai cette fois clôturées avec succès !) et pendant deux ans j’ai alterné les cours, la photo et le taff chez Mc Donald’s. Intense.

Est ce qu’une direction se dessine à ce moment là ou est ce que c’est encore flou ?

J’ai découvert une attirance assez rapidement pour les photos de couple. Marquée par une histoire de cœur assez complexe, j’ai ensuite naturellement pris plaisir à photographier les couples autours de moi, souvent des amis, parfois des inconnus. J’avais envie de créer des images d’amour simples et naturelles, fidèles à la réalité. Il y a aussi cette dimension érotique et sexuelle qui me plait. Je suis une fille assez coquine et joueuse, ce sont d’ailleurs souvent des traits de caractères que je reconnais chez mes sujets, du coup, c’est un vrai bonheur de travailler dans toute cette excitation.

le gout de ta bouche - Rêvelise Rohart

Le goût de ta bouche

Des artistes marquants ?

Oui ! Nan Goldin, bien sûr mais aussi Ren Hang, Ludovic Goubet, Barney Cokeliss, Susan Egan et aussi l’incroyable Burt Kanks, que j’adore tout particulièrement. Également David Lynch, Hans Eijkelboom, Todd Hido et Guy Bourdin. J’aimerais aussi ajouter, dans un autre registre Sebastião Salgado, pour ses images incroyables et ses noirs et blancs magnifiques.

Est ce que tu pratiques un autre art que la photo ?

Je me suis aussi lancée dans l’illustration érotique. J’ai encore peu pratiqué mais j’y prend beaucoup de plaisir.

Tu as des thèmes de prédilection ?

A travers les photos de couple, je couvre évidemment le thème de l’amour mais aussi de l’érotisme, du lien, du sentiment et toujours sous le spectre de la réalité absolue.

À travers mes portraits, j’essaie souvent de montrer mes sujets comme je les perçoit : tantôt forts, tantôt vulnérables, mais aussi charmants et désirables. Je dirige naturellement les hommes et les femmes de la même manière, c’est une manière pour moi de montrer qu’un homme peut ressentir le même degré de vulnérabilité et de fragilité qu’une femme et qu’une femme peut être aussi forte et charismatique qu’un homme.

 

Morgane au mur Proceram – Façade

Quels sont les éléments qui t’ont amenés vers ta démarche artistique actuelle ?

En premier lieu : même si c’était inconscient : la mort de ma mère. Elle et son histoire m’ont complètement échappées. A sa mort, je ne peux pas dire que je la connaissais vraiment si ce n’est à travers mon œil d’enfant. J’ai eu l’impression de n’avoir que des souvenirs qui pouvaient s’échapper à tout moment. Aujourd’hui par exemple, je ne me souviens plus tout à fait du son de sa voix. En grandissant et assez vite après son décès, quelque chose chez moi ne supportait pas l’idée de pouvoir oublier quelqu’un ou quelque chose, je cherchais alors une manière de capturer ce qui me tenait à cœur, les beaux moments, les belles personnes.

En second lieu : ma première relation d’amour. Je me souviens qu’à l’époque, j’allais dans les endroits emblématiques de notre histoire (souvent là où nous nous retrouvions, en pleine nature) et je prenais des photos de paysage et souvent des autoportraits parce que je voulais dire des choses que je n’arrivais pas à formuler et surtout lui montrer à quel point j’étais sensible à ces détails qui faisaient de notre histoire quelque chose d’absolument hors du commun. Quand nous avons rompu, j’étais dévastée et je ne croyais plus du tout en l’amour, j’ai eu véritablement le cœur en miettes. Pour l’anecdote, je croyais que j’étais devenue totalement imperméable aux sentiments d’amour. J’avais 18 ans. C’est à partir de là que j’ai pris en photo les couples autours de moi pour écraser mes mauvais souvenirs par de belles histoires, preuve qu’il restait quand même quelque chose au fond de moi qui était réceptif et qui voulait y croire.

Ensuite, il y a eu Olivier dont j’ai déjà fais mention et qui a été le plus gros déclencheur, comme la main tendue dont j’avais besoin pour tout consolider dans mon esprit. Là, j’avais 17 ans.

Enfin, j’ai rencontré ma première petite amie et son copain Alexandre (aujourd’hui devenu son associé) quand j’avais 20 ans. Elle était freelance en design graphique et c’est elle et lui qui m’ont un peu « préparée » à ce choix professionnel. Je ne connaissais rien de l’auto-entreprenariat à l’époque et pour être franche ça me faisait très peur : être complètement indépendante, personne pour donner un coup de pied aux fesses…

Est ce que tu travailles seule ou en collaboration avec un où plusieurs artistes ? Est ce qu’il.s est/sont aussi photographe.s ?

J’ai bossé une fois en collaboration avec Cliff Chan, un jeune et très bon photographe diplômé de St-Luc. Je l’ai découvert il y a un an et c’est un coup de cœur. Nous sommes rapidement devenus amis et nous songeons d’ailleurs à nous associer un jour. J’ai aussi rejoint la SPUL (la Société Photographique des Universités de Lille) il y a quelques jours grâce à quoi je vais entamer des projets très différents et qui va m’aider à me familiariser avec le matériel et les techniques.

alshams walqamar - Rêvelise Rohart

Alshams walqamar (en collaboration avec Cliff Chan)

alshams walqamar2 - Rêvelise Rohart

Alshams walqamar (en collaboration avec Cliff Chan)

Est ce que tu as des expériences marquantes à raconter ?

Ce n’est pas vraiment une « expérience » en soi, mais il m’est arrivé plusieurs fois de me surprendre à pleurer devant certains portraits tant ils sont chargés d’amour et de sentiments, en tout cas à mes yeux.

Est ce que tu travailles sur un projet global ? Si oui, comment est ce que tu l’expliquerais ?

Je travaille depuis le début sur un projet intitulé Chaleur Humaine. Il s’agit d’une série de portraits, où figurent surtout mes amis et les personnes qui m’inspirent, pour lesquelles en tout cas, je ressens quelque chose. Ça peut-être de l’amour, de l’admiration, de l’envie, du désir… Toujours des sentiments bienveillants en tout cas. Mon souhait, c’est de mettre en avant leur singularité. Celle de leur visage et/ou de leur corps.

tangible - Rêvelise Rohart.jpg

Tangible

Est ce que tu as d’autres projets ?

Oui, je bosse aussi sur un projet dont le nom n’est je pense pas définitif mais pour l’instant intitulé « tangible » . Il est composé de photos de couples dans leur intimité. C’est un projet lui aussi très sensible et directement lié à mon expérience personnelle.

Je pense aussi commencer un nouveau projet sur les grands espaces vides de la région où je passais mes vacances lorsque j’étais petite. C’est en Picardie, plus précisément en Baie de Somme, endroit que je trouve magnifique et que j’adore encore plus aujourd’hui qu’autrefois. J’ai beaucoup de souvenirs heureux là-bas, notamment aux côtés de ma mère qui s’y sentait comme en totale liberté et qui profitait là-bas seulement d’un repos complet. Depuis son décès, quand j’y retourne, je ressens un vide immense, mais qui n’est pas douloureux, au contraire. C’est cela que je veux photographier.

dispute - Rêvelise Rohart

Dispute

goûter avec mon père - Rêvelise Rohart

Goûter avec mon père

le mobil-home de mes grands-parents - Rêvelise Rohart

Le mobil-home de mes grands-parents

promenade avec Margaux - Rêvelise Rohart

Promenade avec Margaux

D’où naissent tes projets ?

Je suis quelqu’un d’extrêmement spontané, sensible et émotif. Quand j’ai un désir, un sentiment, je suis frappée très fort par lui et je ne peux plus m’empêcher d’y penser, c’est plus fort que moi. C’est un peu comme ça que naissent toutes mes idées, en matière de photo mais pas seulement.

Est ce que tu as eu des phases sans ou avec moins de pratique artistique ? Et si oui qu’est ce qui provoque ces phases et te fait reprendre ?

Oui ! Quand j’étais manager chez Mc Donald’s, j’étais constamment fatiguée. Je n’étais plus capable de rien d’autre que travailler et dormir. Je n’avais plus d’énergie, plus de temps, plus confiance en moi. Je touchais si peu l’appareil que j’étais terrifiée à l’idée de refaire des photos, j’avais peur d’échouer et d’avoir tout oublié. Pendant un an, je n’ai pas pris une seule photo, j’avais une fatigue émotionnelle immense. Ça a été un passage très compliqué parce que je ne me reconnaissais plus, il manquait très clairement quelque chose à ma vie.

Jusqu’ici, j’ai toujours été salariée en parallèle de mon activité de photographe pour m’assurer de payer mon loyer. A l’époque, je vivais seule et mon entreprise ne ne me permettait pas de vivre. C’est le fait de travailler pour autrui qui m’a considérablement ralentie. D’une certaine manière, heureusement je ne suis pas faite pour ça. Très vite, je me révolte contre les conditions de travail, je me met dans des états terribles pour faire valoir mes droits en tant que travailleur ET être humain. Je suis très très (très) sensible au management qui est pour moi la clef de voute de toute entreprise. Lorsque celui-ci est mauvais voire inexistant, je deviens folle et cet état, je ne le supporte pas longtemps, ce qui fait que je finis très vite par démissionner. Hors de question de rester là où je me sens maltraitée. Après plusieurs expériences consécutives déplorables, j’ai décidé avec le soutien de mon compagnon, de reprendre mon activité de photographe de zéro et de mettre toutes les chances de mon côté.

Comment se passe ton retour à la photo ?

J’ai repris les prises de vue pour Chaleur Humaine, j’ai démarché les entreprises pour signer des contrats par ci par là, je me suis tournée vers M. Bernard Dupont pour rejoindre la SPUL et ai décidé de me faire accompagner par la CCI de Lille. Mon expérience dans la vie en général m’a fait comprendre rapidement qu’avec les autres, on arrive plus loin et que tout faire toute seule, ça a ses limites.

Est ce que tu as déjà exposé ? Si non, où est ce que ton travail est visible par le public ?

J’ai plusieurs fois été sollicitée pour exposer ou pour intervenir dans des événements de créatifs mais je ne suis pas encore prête, j’attends de grandir encore un peu.

J’expose mon travail sur mon site internet www.reveliserohart.com. J’ai aussi un compte pro sur Instagram et une page pro sur Facebook que j’invite tous les lecteurs à aller liker et follow. J’apparais régulièrement dans le magazine numérique Han Han dont Charly Bergoug est le doux et fou fondateur. Nous travaillons souvent ensemble et nous nous apprécions beaucoup, tant dans le travail que dans la vie. Charly est un personnage exceptionnel et important pour la vie culturelle et musicale à Lille, je l’admire énormément.

Marhinou1 - Rêvelise Rohart.jpg

Marhinou

Qu’est ce que tu penses faire à l’avenir ? Où est ce que tu en es dans tes projets ?

Exactement comme un photographe de mariage serait reconnu pour son talent et son savoir-faire dans son domaine, j’aimerais de la même manière pouvoir travailler au quotidien avec des couples de tous horizons, de toutes sexualité, religion, construction et configuration. J’aimerais bosser dans le milieu de l’échangisme, gay et lesbien, dans les royaumes BDSM avec le cuir et les sangles. Tout cela en gagnant bien ma vie. J’ai trop vu mes parents galérer. Je souhaite montrer à ma mère que je prends soin de moi, que je fais ce que j’aime, que je sais où je vais et que je m’en sors bien. C’est pour moi une manière de me montrer reconnaissante envers l’éducation, l’amour, et le caractère dont elle m’a fait l’héritière.

Quand je serai prête, je serai heureuse d’exposer et de mettre à l’honneur les gens que j’aime, que je trouve beaux chacun à leur manière.

J’aimerais travailler avec des photographes géniaux comme Marc Antoine Serra et Burt Kanks qui sont mes héros de la photographie de garçons. J’aimerais aussi beaucoup travailler avec des marques comme Carne Bollente, Maison Primaire, Maison Labiche, Etudes Studio, Acne Studio & Clivia Nobili pour la mode. Très streetwear, j’aimerais bien bosser aussi pour Nike et Fila. L’un de mes rêves, c’est aussi de poser pour ces marques. Avant d’être derrière l’objectif, j’étais devant et j’adorais ça. Aujourd’hui plus affirmée et plus confiante, j’ai envie d’imposer mon style, notamment parce que mon image me plait plus qu’autrefois et que j’ai envie d’exploiter ma jolie gueule.

Rêvelise Rohart diptyque.png

©Valentin Bretel

Comme j’aime énormément l’univers de la papeterie, ce serait aussi un honneur de travailler pour le Typographe à Bruxelles, Papier Tigre et le Tampographe Sardon.

En gros, j’ai envie de m’amuser et de bosser avec des gens inspirants, de rencontrer toute sorte de personnes, qui pensent comme moi, qui pensent différemment de moi afin de m’ouvrir l’esprit, de réfléchir et de créer de belles choses et de belles histoires à partir de tout ça.

Alix - Rêvelise Rohart

Alix

l'été2 - Rêvelise Rohart

L’été

tangible 2 - Rêvelise Rohart

Tangible

Morgane au mur Proceram 2 - Rêvelise Rohart

Morgane au mur Proceram

les filles d'intérieur 2 - Rêvelise Rohart

Les filles d’intérieur

poussière - Rêvelise Rohart

Poussière

TEREZA - Rêvelise Rohart

Tereza

ma voisine 2 - Rêvelise Rohart

Ma voisine

Tu es artiste ? Tu travailles actuellement sur un projet dont tu voudrais parler ? Parler de ton art et de ta pratique ? Ou encore de tes influences ? Si tu veux répondre à une interview qui mettrait un coup de projecteur sur ce que tu fais n’hésite pas je suis là pour ça !

Tu es amateur/trice d’art et tu voudrais parler de ce qui a construit ton rapport à l’art, tes artistes préférés et les moments les plus marquant que tu as vécu face à une œuvre, un ou des artistes ? Je suis aussi là pour toi !

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Et n’hésite pas à partager auprès d’artistes et d’amateurs/trices d’art !

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